Microbiote et Syndrome de l'Intestin Irritable

Wednesday, January 16, 2019 | 4 months ago

C’est quoi le syndrome de l’intestin irritable (SII)?

Le syndrome de l’intestin irritable (SII), également appelé syndrome du colon irritable ou colopathie fonctionnelle, est un trouble fonctionnel intestinal. Il se caractérise par des gênes ou douleurs abdominales récurrentes accompagnées par au moins deux des éléments suivants: douleur liée à la défécation, modification de la fréquence des selles (diarrhée ou constipation) ou de la consistance des selles. Un excès de production de gaz après les repas est souvent observé chez ces patients. Un sous groupe de patients (10%) développent ces symptômes après une infection aigue souvent d’origine bactérienne. On parle alors de syndrome de l’intestin irritable post infectieux (SII-PI).

On estime que, dans les pays occidentaux, 10 à 20% des adultes souffrent de ce trouble1. En France plus de 3 millions de personnes sont concernées.

 

Existe-t-il un lien entre le SII et le microbiote intestinal?

Le lien entre SII et microbiote intestinal est très fort.

La maladie étant très hétérogène (certains questionnent qu’il s’agisse vraiment d’une seule maladie), il faut prendre en compte les critères de diagnostic (Rome II ou Rome III) ainsi que la symptomatique (diarrhée : SII-D (40%), constipation : SII-C (35%) ou mixte : SII-M (23%)) car ceux-ci influencent le lien SII-microbiote1.

La SII est plutôt caractérisée par une augmentation des Firmicutes. Une diminution des bactéries productrices de butyrate a également été souvent reportée notamment chez les SII diarrhéique (SII-D).

L’étude la plus complète à ce jour est celle de Vich Vila2 qui a analysé en grand détail le microbiote de 1792 européens. Ils ont comparé le microbiote intestinal des patients MICI (n=350), des SII (n=412) avec des contrôles (n=1025). Pour cela ils ont utilisé la métagénomique, ce qui leur a permis de réaliser des analyses à un niveau de détail impressionnant (différences taxonomiques, fonctionnelles, diversité des souches, gènes de résistance aux antibiotiques, gènes de virulence et dynamique de croissance bactérienne). Chez les personnes atteintes de SII, ils ont identifié 66 taxa associés avec la maladie, dont 24 étaient communs avec les patients MICI. Ils ont réussi à développer un algorithme permettant de distinguer les patients MICI des SII à partir de l’analyse métagénomique de leurs selles avec une très bonne performance (AUC de 90%). Les patients SII (Rome III) sont caractérisés par une augmentation des Streptococcus et une diminution de F. prausnitzii.

 

Le régime FODMAP est-il indiqué chez les personnes atteintes de SII ?

Le terme FODMAP fait référence aux oligo-, di- et monosaccharides fermentables et polyols. Plus d’une dizaine d’études cliniques ont démontré l’utilité d’un régime pauvre en FODMAP chez les personnes atteintes de SII et plus d’une trentaine d’études cliniques sont répertoriées ! Le taux de réponse est de 50-80% avec notamment des améliorations de ballonnement, diminution de la production de gaz, diarrhées et autres symptômes3. Une méta-analyse a été réalisée sur les régimes pauvres en FODMAP chez les personnes atteintes de SII à partir de 7 études, soit un total de 397 participants. La méta-analyse confirme une amélioration des symptômes, les auteurs restent néanmoins réservés quant à la qualité des études cliniques utilisées4.

 

Existe-t-il des études cliniques sur l’effet de probiotiques chez les personnes atteintes de SII ?

De part le lien fort qui existe entre le microbiote intestinal et le SII, de nombreuses études cliniques existent principalement pour évaluer si le probiotic améliore les symptômes de la maladie. Actuellement 65 études sont enregistrées sur clinicaltrial.gov dont 5 en France. Les études françaises sont principalement sur Lactibiane Tolerance et Saccharomyces Cerevisiae, les résultats de ces études devraient bientôt être connus.

 

Parmi les études cliniques qui ont montré une amélioration des symptômes et pour lesquels les probiotiques sont facilement trouvables en France :

  • Dans la SII-D : B. coagulans MTCC 5856 à une dose of 2 × 10(9) cfu/jour sur 90 jours 6
  • Dans la SII chez les femmes (Rome II): Bifidobacterium infantis 35624 à une dose 1 x 10(8) cfu/jourpendant 4 semaines7
  • Dans la SII (Rome III): L. plantarum 299v (DSM 9843) pendant 4 semaines8

 

Références

https://www.apssii.org/accueil/index.php

  1. Endo, Y., Shoji, T. & Fukudo, S. Epidemiology of irritable bowel syndrome. Ann. Gastroenterol. Q. Publ. Hell. Soc. Gastroenterol. 28, 158–159 (2015).
  2. Vich Vila, A. et al. Gut microbiota composition and functional changes in inflammatory bowel disease and irritable bowel syndrome. Sci. Transl. Med. 10, (2018).
  3. Staudacher, H. M. & Whelan, K. The low FODMAP diet: recent advances in understanding its mechanisms and efficacy in IBS. Gut 66, 1517–1527 (2017).
  4. Dionne, J. et al. A Systematic Review and Meta-Analysis Evaluating the Efficacy of a Gluten-Free Diet and a Low FODMAPs Diet in Treating Symptoms of Irritable Bowel Syndrome. Am. J. Gastroenterol. 113, 1290–1300 (2018).
  5. Whelan, K., Martin, L. D., Staudacher, H. M. & Lomer, M. C. E. The low FODMAP diet in the management of irritable bowel syndrome: an evidence‐based review of FODMAP restriction, reintroduction and personalisation in clinical practice. J. Hum. Nutr. Diet. 31, 239–255 (2018).
  6. Majeed, M. et al. Bacillus coagulans MTCC 5856 supplementation in the management of diarrhea predominant Irritable Bowel Syndrome: a double blind randomized placebo controlled pilot clinical study. Nutr. J. 15, 21 (2016).
  7. Whorwell, P. J. et al. Efficacy of an encapsulated probiotic Bifidobacterium infantis 35624 in women with irritable bowel syndrome. Am. J. Gastroenterol. 101, 1581–1590 (2006).
  8. Ducrotté, P., Sawant, P. & Jayanthi, V. Clinical trial: Lactobacillus plantarum 299v (DSM 9843) improves symptoms of irritable bowel syndrome. World J. Gastroenterol. 18, 4012–4018 (2012).

 

 

Date de la dernière mise à jour : 15/01/2019