Microbiote et Sclérose en Plaques

Tuesday, June 4, 2019 | 1 month ago

Mais qu’est-ce que c’est, la sclérose en plaques ?

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire dégénérative du système nerveux central (SNC). La SEP consiste en la dégradation de la gaine de myéline des neurones par les cellules du système immunitaire. La SEP n’est pas héréditaire, mais son apparition est liée à certains facteurs génétiques. Des facteurs environnementaux contribuent également. L’évolution et les symptômes de la SEP sont fortement variables d’un individu à l’autre. Il y a deux formes de SEP, la forme rémittente et la forme progressive.

La SEP peut entrainer des troubles de l’équilibre, moteurs, visuels, des pertes de sensation, ou encore des douleurs, temporairement (forme rémittente) ou de façon permanente (forme progressive). C’est l’une des premières causes d’handicap chez les jeunes adultes. Elle touche 1 personne sur 1000 en France et se manifeste en général vers 20 à 30 ans.1 2

 

Y a-t-il un lien entre la sclérose en plaques et le microbiote intestinal ?

Des études ont permis de découvrir une dysbiose dans le microbiote intestinal d’individus atteints de SEP dans sa forme rémittente en comparaison à des individus sains. En effet, les individus atteint de SEP présentent des abondances réduites en ce qui concerne plusieurs espèces, notamment des Bacteroides, Prevotella, Lactobacillus et Clostridium3 4. Or des espèces de ces taxons produisent des molécules aux propriétés immunomodulatrices anti-inflammatoires. A l’inverse, des micro-organismes producteurs de composés pro-inflammatoires étaient présents en plus grand nombre chez ces individus.

Les conséquences de cette dysbiose ont été mises en évidence par des chercheurs qui ont transplanté des fèces d’individus atteints de SEP à des souris ne possédant pas de microbiote intestinal. Cela a révélé une amplification des symptômes chez ces souris en comparaison avec celles ayant reçu des fèces d’individus sains. 5

Ces résultats montrent l’implication du microbiote dans la SEP, toutefois il est encore trop tôt pour comprendre précisément comment le microbiote est impliqué. Malgré tout, on sait que le microbiote a un rôle important dans le système immunitaire et les mécanismes d’inflammation, et qu’il peut influencer l’état du Système Nerveux Central via l’axe intestin-cerveau. 6 Il y a donc des pistes de recherche en ce qui concerne les mécanismes qui relient microbiote et SEP, notamment des travaux importants sont actuellement menés par l’équipe d’Immunologie du Professeur Gorochov à la Pitié-Salepétrière. Vous pouvez visionner ce qu’il pense du lien microbiote SEP en cliquant ici.

 

Mais alors, peut-on agir sur la sclérose en plaques via le microbiote intestinal ?

Chez Luxia Scientific, nous pensons qu’agir sur le microbiote intestinal va permettre d’agir sur la SEP. Et c’est dans ce but que nous venons d’initier un nouveau programme de recherche spécifiquement pour étudier les patients atteints de SEP.

D’abord, car certaines souches probiotiques peuvent avoir des propriétés immunomodulatrices, pouvant ainsi résulter en une possibilité de traitement adjuvant de la SEP. 7 Ensuite, car via l’alimentation, on peut agir sur le microbiote qui agit à son tour sur le système immunitaire.

Pas de régime alimentaire obligatoire en ce qui concerne la SEP, cependant un régime alimentaire sain est recommandé. Le régime occidental, ou « Western Diet », est en effet connu pour être trop riche en graisses saturées, sucres, produits transformés et viande rouge. Ce régime entraîne une dysbiose du microbiote et est source d’inflammation, qui peut évoluer en neuro-inflammation via des processus métaboliques. Un régime plus riche en fibres (prébiotiques) comme le régime méditerranéen ou végétarien est préférable pour le microbiote intestinal.6

Il n’existe pas de probiotiques particulièrement conçus pour la SEP, et il y a encore eu peu de recherche sur ce sujet. Mais Vivomixx (anciennement VSL#3) d’Arkopharma laboratoires a bénéficié d’une étude montrant sa capacité à augmenter pendant la durée du traitement (3,6x109 UCF/jour pendant deux mois) l’abondance des espèces réduites par la SEP à forme rémittente, en association avec un traitement à l’acétate de glatiramère (médicament immunomodulateur).5 Le produit a été sujet à plusieurs essais cliniques pour d’autres pathologies.

D’autres études ont montré le potentiel de bactéries probiotiques comme  Lactobacillus plantarum A7 et Bifidobacterium animalis PTCC 16318 ou un mix de Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei, Bifidobacterium bifidum et Lactobacillus fermentum9. En résumé, plus de recherche est nécessaire, mais les probiotiques montrent un fort potentiel dans l’accompagnement du traitement de la SEP.

La transplantation de microbiote fécal (TMF) a aussi été étudiée à plusieurs reprises dans le cadre de la SEP. En effet, elle permettrait une stabilisation et une amélioration des symptômes pendant une dizaine d’années. 10 Deux essais cliniques sont d’ailleurs en cours (n° NCT : NCT03594487 et NCT03183869). Pour en savoir plus sur la TMF, cf. https ://www.luxia-scientific.com/fr/blog/la-transplantation-fecale.

 

Par Laurence Sénéchal-Chevallier, Biologiste

Références :

  1. Sclérose en plaques | Fédération Française de Neurologie. Available at: http://www.ffn-neurologie.fr/grand-public/maladies/scl%C3%A9rose-en-plaques.
  2. La Sclérose en plaques. Association Française des Sclérosés en Plaques. Available at: https://afsep.fr/la-sclerose-en-plaques/.
  3. Chen, J. et al. Multiple sclerosis patients have a distinct gut microbiota compared to healthy controls. Sci. Rep. 6, (2016).
  4. Miyake, S. et al. Dysbiosis in the Gut Microbiota of Patients with Multiple Sclerosis, with a Striking Depletion of Species Belonging to Clostridia XIVa and IV Clusters. PLoS ONE 10, (2015).
  5. Tankou, S. K. et al. A probiotic modulates the microbiome and immunity in multiple sclerosis. Ann. Neurol. 83, 1147 (2018).
  6. Riccio, P. & Rossano, R. Diet, Gut Microbiota, and Vitamins D + A in Multiple Sclerosis. Neurotherapeutics 15, 75–91 (2018).
  7. Calvo-Barreiro, L., Eixarch, H., Montalban, X. & Espejo, C. Combined therapies to treat complex diseases: The role of the gut microbiota in multiple sclerosis. Autoimmun. Rev. 17, 165–174 (2018).
  8. Salehipour, Z. et al. Bifidobacterium animalis in combination with human origin of Lactobacillus plantarum ameliorate neuroinflammation in experimental model of multiple sclerosis by altering CD4+ T cell subset balance. Biomed. Pharmacother. Biomedecine Pharmacother. 95, 1535–1548 (2017).
  9. Kouchaki, E. et al. Clinical and metabolic response to probiotic supplementation in patients with multiple sclerosis: A randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Clin. Nutr. Edinb. Scotl. 36, 1245–1249 (2017).
  10. Uchiyama, K., Naito, Y. & Takagi, T. Intestinal microbiome as a novel therapeutic target for local and systemic inflammation. Pharmacol. Ther. (2019). doi:10.1016/j.pharmthera.2019.03.006