Le Jeûne intermittent

Monday, January 13, 2020 | 1 month ago

Le Jeûne Intermittent

Le jeûne intermittent consiste à restreindre son alimentation (abstinence stricte ou moins de 25% de l’apport calorique normal) et les boissons volontairement et de façon temporaire. Pratiquée depuis toujours dans un cadre religieux, il se pratique de plus en plus sous forme de régime ou de cure car ce type de jeûne permettrait de perdre du poids et d’améliorer la santé. Il en existe de nombreuses variantes, par exemple le régime « FastDiet1  ou 5:2 » est très populaire en Angleterre et préconise de faire du jeûne 2 jours non consécutifs par semaine. Des centres de cures ou cliniques privées proposent de plus en plus de cures de jeûne de plusieurs jours. Des formules basées sur des compléments nutritionnels comme  le fast mimicking diet (FMD)2 seraient très bénéfiques pour les patients atteints de la maladie de Crohn. Il est également possible de pratiquer un jeûne intermittent tous les jours en ne s’alimentant pas entre certaines heures (entre 12 et 18h de jeûne strict par jours). Il existe donc de nombreuses formules et pratiques de jeûnes.

Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce que le jeûne intermittent est réellement bénéfique pour la santé ? Comment impacte-t-il notre microbiote intestinal ? Où et comment le mettre en place ? Nous répondons à vos questions.

 

Le jeûne intermittent bénéfice réel sur notre santé ou une mode ?

La meilleure façon d’établir objectivement un bénéfice santé se base sur les études interventionnelles chez les humains. Patterson et Sears3 ont repris les différentes études réalisées avant 2017 et ont identifié 9 études interventionnelles étudiant l’effet du jeûne intermittent sur plusieurs mois chez les personnes en surpoids ou obèses. Parmi ces 9 études, 7 ont confirmé la perte de poids et environ la moitié une amélioration des marqueurs métaboliques. Ils ont également identifié quatre études sur le jeûne intermittent journalier basé sur des plages horaires. Deux de ces études ont montré un bénéfice sur la perte de poids.

Parmi les bénéfices reportés par plusieurs études sur l’effet du jeûne intermittent dans le cadre des maladies cardiovasculaires 4, on retrouve une :

  • Amélioration du métabolisme des lipides ;
  • Amélioration des marqueurs inflammatoires ;
  • Amélioration de l’hypertension artérielle ;
  • Diminution du poids ;
  • Amélioration des paramètres glycémiques.


Jeûne intermittent versus régimes restrictifs ?

Trois études ont comparé directement l’effet du jeûne intermittent sur la perte de poids versus les régimes restrictifs continus. Une des trois études a démontré une plus grand perte de poids dans le groupe de sujets suivant le jeûne intermittent5, les autres n’identifiaient pas de différences significatives sur la perte de poids entre les deux approches.

 

Pourquoi le jeûne intermittent serait bénéfique pour la santé ?

Au-delà de la perte de poids, il est important de comprendre l’intérêt particulier du jeûne intermittent. Pour cela il faut comprendre son mode d’action. Selon les connaissances scientifiques actuelles, trois hypothèses solides expliqueraient le mode d’action du jeûne intermittent : à travers son effet sur le rythme circadien, le microbiote intestinal et la diminution calorique. Nous avons une horloge intérieure qui est très importante pour notre santé. Nous avons un cycle éveillé et un cycle nocturne qu’il faut veiller à respecter faute de quoi des problèmes métaboliques tels que l’insulino-résistance peuvent apparaitre6. La lumière et l’alimentation rythment ce cycle, il est donc important de ne pas manger la nuit car cela perturbe cette horloge biologique7,8. Le jeûne sur une plage horaire, consiste à ne pas manger pendant une durée qui varie entre 12 et 18 heures et qui inclut la nuit. Ce type de jeûne a montré un bénéfice santé tel que la perte de poids, une amélioration de la qualité du sommeil, une diminution de l’insulino-résistance. Un risque de rechute diminué chez les survivants de cancer a même été reporté quand le jeûne nocturne dure plus de 13 heures9.

 

Le jeûne intermittent impacte-t-il le microbiote intestinal ?

Oui et de façon bénéfique. Il permettrait de diminuer les problèmes de perméabilité intestinale ainsi que l’inflammation de bas grade souvent présente chez les obèses. Deux études pilotes ont montré une augmentation d’Akkermansia suite au jeûne intermittent10 11.

Nous avons voulu vérifier de nous-même et avons demandé à un utilisateur d’1test1 qui pratique le jeûne intermittent de bien vouloir partager avec vous ses résultats (à paraitre sur le prochain Blog du mois). Il s’avère qu’il a un taux d’Akkermansia record d’environ 20%.

 

Où et comment le mettre en place ?

Le jeûne intermittent ne convient pas à tous. Il est à éviter chez les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées, à risque d’hypoglycémie ou celles avec des déséquilibres hormonaux. Il faut donc se faire accompagner par un professionnel. Il existe de nombreux centres de jeûnes en France (n’hésitez pas à vous rendre aux Salons Bien-Etre Médecine Douce (https://www.salon-medecinedouce.com/) qui se tiennent à Paris, Lyon et Marseille entre janvier et mars pour y retrouver de nombreuses informations. Il existe aussi des formules plus encadrées médicalement, comme dans des cliniques privées en Allemagne, dont la plus connue est la clinique Buchinger Wilhelmi12. Ces derniers ont récemment publié les résultats sur 1422 adultes non obèses suivis pendant un an et démontré de nombreux bénéfices santé apportés par le jeûne intermittent13.

 

 

Qu’en pense une spécialiste du jeûne thérapeutique ?

Marie-Anne Joulia, Naturopathe et technicienne en diététique Ayurvéda, partage avec nous son expertise. « Jeûner c'est cette capacité que nous avons tous et qui date de la préhistoire, où nous pouvons nous passer de nourriture sans ressentir la faim, tout en continuant à nous activer. En effet nos cellules ont la capacité de se nourrir à la fois de glycogène (résultat de la transformation de notre alimentation), ou de transformer nos graisses en une nouvelle énergie : les corps cétoniques dérivés des acides gras. Pendant cette période les sécrétions de mucus sont diminuées puis arrêtées et la réparation des muqueuses et des jonctions serrées peut commencer. Le jeûne va permettre à la muqueuse de retrouver une bonne imperméabilité.

C'est aussi le cas du microbiote qui va pouvoir s'équilibrer. Les bactéries qui vivent de l'apport de sucre et d'autres nutriments vont être affamées par le jeûne et elles vont se mettre à régresser (diminution du candida albicans), les bactéries qui utilisent les corps cétoniques ou les résidus des corps cétoniques, vont au contraire recoloniser leur espace, c'est ainsi que le transit s'améliore après un jeûne ».

 

Pour en savoir plus : https://cure-detox-jeun.com/.

 

 

Nos conclusions

Les études interventionnelles chez l’homme confirment qu’une perte de poids est observée à la suite d’un jeûne intermittent. Toutefois les marqueurs métaboliques ne sont pas systématiquement améliorés dans toutes les études. Bien que les modèles animaux démontrent un grand bénéfice santé, nous manquons malheureusement encore d’études cliniques afin d’établir le type de jeûne intermittent le plus bénéfique. Néanmoins un jeûne à base de soupes/nutriments semble plus bénéfique qu’une abstinence alimentaire complète. Notre conseil pour la nouvelle année : dinez tôt et à des heures régulières, essayez de laisser au moins 12 heures entre le diner et le petit déjeuner. Et si vous êtes en surpoids et que vos résultats d’1test1 indiquent un taux d’Akkermansia au plus bas, pourquoi ne pas envisager le jeûne intermittent ?

 

Par Prof. Alessandra Cervino, Luxia Scientific

 

Références :

  1. Mosley M, Spencer M. The FastDiet: Lose Weight, Stay Healthy, and Live Longer with the Simple Secret of Intermittent Fasting. (2013).
  2. Rangan, P. et al. Fasting-Mimicking Diet Modulates Microbiota and Promotes Intestinal Regeneration to Reduce Inflammatory Bowel Disease Pathology. Cell Rep. 26, 2704-2719.e6 (2019).
  3. Patterson, R. E. & Sears, D. D. Metabolic Effects of Intermittent Fasting. Annu. Rev. Nutr. 37, 371–393 (2017).
  4. Malinowski, B. et al. Intermittent Fasting in Cardiovascular Disorders—An Overview. Nutrients 11, (2019).
  5. Williams, K. V., Mullen, M. L., Kelley, D. E. & Wing, R. R. The effect of short periods of caloric restriction on weight loss and glycemic control in type 2 diabetes. Diabetes Care 21, 2–8 (1998).
  6. Scheer, F. A. J. L., Hilton, M. F., Mantzoros, C. S. & Shea, S. A. Adverse metabolic and cardiovascular consequences of circadian misalignment. Proc. Natl. Acad. Sci. U. S. A. 106, 4453–4458 (2009).
  7. Bass, J. & Takahashi, J. S. Circadian integration of metabolism and energetics. Science 330, 1349–1354 (2010).
  8. Potter, G. D. M. et al. Circadian Rhythm and Sleep Disruption: Causes, Metabolic Consequences, and Countermeasures. Endocr. Rev. 37, 584–608 (2016).
  9. Prolonged Nightly Fasting and Breast Cancer Prognosis | Breast Cancer | JAMA Oncology | JAMA Network. https://jamanetwork.com/journals/jamaoncology/fullarticle/2506710.
  10. Remely, M. et al. Increased gut microbiota diversity and abundance of Faecalibacterium prausnitzii and Akkermansia after fasting: a pilot study. Wien. Klin. Wochenschr. 127, 394–398 (2015).
  11. Özkul, C., Yalınay, M. & Karakan, T. Islamic fasting leads to an increased abundance of Akkermansia muciniphila and Bacteroides fragilis group: A preliminary study on intermittent fasting. Turk. J. Gastroenterol. Off. J. Turk. Soc. Gastroenterol. 30, 1030–1035 (2019).
  12. Buchinger Clinic. https://www.buchinger-wilhelmi.com/fr/
  13. Wilhelmi de Toledo, F., Grundler, F., Bergouignan, A., Drinda, S. & Michalsen, A. Safety, health improvement and well-being during a 4 to 21-day fasting period in an observational study including 1422 subjects. PloS One 14, e0209353 (2019).